vendredi, mars 04, 2016

Rita

Rita

une  silhouette aux yeux noirs
un chemisier léger comme du papier transparent
ses rires sont frêles
ses phrases courtes
des onomatopées sifflantes
de brèves injonctions pour la rejoindre
franchir le seuil sans faire de bruit
les volets sont clos ajoute-elle
avant d’allumer l’atmosphère

un cendrier sur la table
des dates une boite d’allumettes
un paquet de tabac brun
une tapisserie murale à décor galant
représentant un jeune homme des jeunes filles
et des chérubins joufflus
entre ses mains l’aventure commence
par le toucher
l’odeur les couleurs le tabac
la soif pour un pur malt
qu’elle verse et renverse à sa guise
dès qu’elle ferme la lumière
la rage nous gagne jusqu’à l’expectative
ses mots sont de plus en plus hachurés
car ses voyelles tanguent

dehors les trottoirs sont fraîchement lavés 
les rigoles pleines irriguent les aspérités du macadam

c’est la promesse d’une jouissance accélérée
ce rêve naguère sur les rives de la mer morte
à Sodome sous une pluie de feu et de soufre
deux vierges s’allongent dès le premier baiser  
elles s’offrent à deux anges qui en raffolent  
alors qu’en douce la mère languit
une mêlée diaphane où l’on se pâme
comme des yuri sous les baisers qu’ils se donnent


Saïd Nourine/ Mars 2016